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Drogues et alcool

Comment aborder le sexe durant une rémission

Les approches traditionnelles de la rémission marginalisent souvent les personnes queer et trans


Écrit par Zena Sharman
le 8 septembre 2026 dernière mise à jour le 8 septembre 2026

Abstract collage featuring a pink cutout of a classical female figure and blue paper with circular holes.
Getty Images; Alex Apostolidis; Script

Il n’y a pas d’approche universelle pour se rétablir d’une dépendance ou d’un trauma. Néanmoins, les approches traditionnelles de la rémission ne font souvent pas de place aux besoins spécifiques des personnes LGBTQ2S+. Le sexe et la sexualité en particulier sont souvent des sujets peu abordés durant la rémission. Lorsqu’ils émergent, cela peut être fait de façons qui, compte tenu de la stigmatisation et de la cishétéronormativité, marginalisent davantage les personnes queer et trans.

L’auteur·rice et éducateur·rice Vanessa Carlisle cherche à changer cette situation. Iel est coauteur·rice, avec Stephanie Covington, de Awaken Your Sexuality : A Guide to Connection and Intimacy after Dependance and Trauma ainsi que d’un cahier d’exercices qui l’accompagne.

Survivant·e queer et non binaire comptant 27 ans d’expérience dans le travail du sexe, Vanessa aborde la rémission à la lumière de son propre parcours, ainsi que de ses expériences personnelles et professionnelles. Je lui ai parlé de la façon dont nous pourrions faire évoluer le discours sur la rémission afin de faire davantage de place à des perspectives inclusives, axées sur le plaisir et tenant compte des traumas en matière de sexe et de sexualité.
 

Comment définir la dépendance?

Il y a plusieurs façons de définir la dépendance. Celle à laquelle je reviens le plus souvent vient de ma co-autrice, Stephanie, qui le dit ainsi : « la négligence chronique de soi en faveur de quelque chose ou de quelqu’un. »
 

Comment définir la rémission? De quoi se remet-on?

L’abstinence occupe une place importante dans les définitions traditionnelles de la rémission chez les Alcooliques Anonymes et dans les programmes en 12 étapes qui y sont associés, mais je ne l’exige pas pour considérer qu’une personne est en rémission. On peut être en rémission en s’abstenant d’une chose, tout en continuant à consommer d’autres substances ou à adopter d’autres comportements.

Parmi les choses dont on peut se remettre, on trouve les substances, les dynamiques relationnelles toxiques, le surmenage ou toute une série de problèmes de santé mentale liés aux difficultés de la vie. La rémission après un traumatisme fait partie du processus pour de nombreuses personnes. Les possibilités de ce qui constitue une rémission sont aussi infinies et singulières que les personnes qui les vivent. Seule la personne concernée sait vraiment ce que signifie pour elle la rémission.
 

Comment le sexe et la sexualité tendent à être traités — si même ils le sont — dans la culture, les programmes et les communautés de rémission? Comment cela affecte-t-il les personnes queer et trans ?

Le sexe et la sexualité sont des sujets tacites dans le processus de rémission. Lorsqu’ils sont abordés, on a parfois tendance à pathologiser le fait d’utiliser le sexe et les relations comme source de réconfort et de lien, ainsi que toute forme de sexualité non normative. Par exemple, le fait d’avoir plusieurs partenaires peut être considéré comme suspect dans le cadre d’un processus de rémission traditionnel, car il est perçu comme similaire à la dépendance sexuelle.
 

Les espaces de rémission reflètent souvent les croyances et les enjeux inhérents aux systèmes institutionnels tels que les hôpitaux, les établissements psychiatriques et les prisons, avec des inégalités similaires à celles qui touchent les personnes LGBTQ2S+ dans le système de santé. Je vis aux États-Unis, où la plupart des maisons de rémission sont encore séparées en fonction du binaire genré. Les personnes queer et trans doivent redoubler d’efforts pour trouver des espaces et des communautés de rémission inclusifs.

De façon plus positive, on observe l’émergence d’un éventail croissant de formes de rémission non traditionnelles, ne reposant pas sur les 12 étapes, comme les maisons de sobriété queer ou les groupes de rémission destinés spécifiquement aux personnes qui sont en train de changer leur rapport au chemsex, ou encore aux travailleur·euse·s du sexe qui consommaient des drogues dans le cadre de leur personnage. J’ai bon espoir que nous disposons désormais de plus d’options qu’auparavant.
 

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Quels mythes sur le sexe et la rémission votre travail remet-il en question?

Le mythe selon lequel la sexualité rend la rémission plus difficile. Le modèle traditionnel de rémission encourage les gens à éviter toute relation sexuelle pendant leur première année de sobriété. Bien que cela puisse être bénéfique pour beaucoup de personnes, cela peut aussi avoir des conséquences néfastes. Les gens peuvent se sentir coupables d’avoir des relations sexuelles, ou avoir l’impression de ne pas pouvoir parler d’amour si iels ne sont sobres que depuis six mois.

De plus, l’abstinence est une attente irréaliste pour bon nombre d’entre nous. La plupart des gens ne vont pas s’abstenir d’avoir des relations sexuelles pendant un an simplement parce que leur parrain ou leur marraine leur a dit de le faire. Les gens sont susceptibles d’éprouver des désirs sexuels, et ces désirs pourraient constituer pour elleux une source de guérison et de connaissance de soi. Plutôt que de présumer que les gens vivent leur sexualité dans la honte, je pars du principe que nous voulons vivre dans le plaisir, la connexion et la détente, et que la rémission peut inclure tout cela.
 

Pourquoi est-ce important que les personnes en rémission réfléchissent à leur sexualité?

La sexualité est un enjeu important auquel chaque personne doit faire face. Je ne connais personne qui a connu un parcours sans heurts de l’enfance à l’âge adulte en matière de sexe et de sexualité. Chacun·e d’entre nous a rencontré des obstacles sur ce chemin, qu’il s’agisse de traumatismes, de moments embarrassants, de confusion ou d’un manque d’information.

Beaucoup de personnes en rémission ont été submergées par la honte; et le sexe et la sexualité constituent l’un des domaines où cette honte s’accumule et s’enracine. Pour certaines personnes, l’étape la plus avancée de leur rémission consistera à faire la lumière sur ce qui se passe au niveau de leur sexualité. D’autres pourraient considérer le sexe et la sexualité comme des éléments fondamentaux de leur identité. La sexualité sera étroitement liée à leur processus de rémission, car elle fait partie intégrante de leur vie quotidienne.
 

Dans le cadre de la rémission, qu’est-ce qui pourrait ressortir sur le plan de la sexualité et des expériences sexuelles passées pour une personne queer ou trans?

Les traumas peuvent refaire surface lorsque nous entamons un travail de guérison. Cela peut être très déstabilisant ou décourageant, car nous pouvons finir par nous sentir moins bien qu’avant d’avoir commencé le processus de rémission.

Lorsque cela se produit, c’est le signe que ces expériences sont prêtes à être vues, entendues, comprises et assimilées. C’est gérable, normal et sain. Mais c’est aussi inconfortable. Cela peut vous donner envie de tout remettre dans une boîte et de l’ignorer, ce qui peut vous pousser à vouloir éviter votre propre sexualité. Lorsque vous commencez à vous sentir mieux, vous êtes en mesure de comprendre à quel point vous souffriez auparavant. Cela peut être accablant, même lorsque vous vivez des expériences positives dans le présent.
 

En tant que doula de fin de vie, vous avez l’habitude d’accompagner les personnes dans leur deuil. Quelles formes de deuil peuvent se manifester chez une personne en rémission qui renoue avec sa sexualité?

Si nous avons vécu un trauma sexuel, nous pouvons faire le deuil de la liberté ou de la confiance en soi que nous avions avant ce trauma. Nous pouvons également faire le deuil du mal que nous avons causé et des choix que nous avons faits dans le passé — que nous ne referions pas aujourd’hui —, et qui ont eu des conséquences douloureuses pour les autres.
 

Une autre forme de deuil est celui qui peut venir avec la découverte, à l’âge adulte, de lieux de réconfort et d’appartenance dont on ignorait l’existence, comme des relations ou des communautés queer auxquelles on n’avait pas accès quand on était plus jeune.

Le deuil peut parfois surgir lorsque l’on devient davantage capable de toucher et d’entrer en contact avec son propre corps, avec bienveillance et curiosité. Le plaisir peut s’immiscer dans ce processus, mais il faut généralement du temps pour faire le deuil de ce qui a précédé.
 

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Quels conseils ou mots d’encouragement donneriez-vous à une personne en rémission qui vit également avec les séquelles de violences sexuelles et d’un trauma?

Il n’y a pas de moment où la rémission est achevée. Il s’agit d’une succession de changements. La confusion, le découragement et la frustration font toutes partie du processus. Le plaisir, la joie et l’intimité en font également partie, et viendront au fur et à mesure que vous avancerez dans ce cheminement.

Votre cheminement vers le changement nécessitera différentes décisions et expériences. L’un des défis de la rémission consiste à vous forcer à faire des choses que vous n’avez pas envie de faire. Cela peut être très difficile pour les personnes qui ont vécu des traumatismes et de la violence. La rémission peut sembler pénible au début, car votre système nerveux ne fait généralement pas la différence entre être forcé·e de faire quelque chose et se forcer soi-même à le faire.

Ne craignez pas d’essayer des choses, même si vous avez peur.
 

Si quelqu’un en rémission cherche à reconnecter avec sa sexualité, par où devrait-elle commencer?

Deux pratiques que je recommande, et à propos desquelles nous avons écrit dans Awaken Your Sexuality et le cahier qui l’accompagne :

1) Éveillez vos sens : Passez cinq jours à vous concentrer sur chacun de vos sens. Le premier jour, concentrez-vous sur la vue. Remarquez ce que vous voyez, ce qui vous plaît, ce qui vous semble beau ou ce qui éveille votre curiosité. Le deuxième jour, concentrez-vous sur l’ouïe, puis sur l’odorat et le goût, et enfin sur le toucher. Le cinquième jour, portez votre attention sur l’intéroception, c’est-à-dire la perception de ce qui se passe à l’intérieur de votre corps. Tout au long de la journée, prenez le temps de vous connecter à votre corps de l’intérieur. Comment se portent votre gorge, votre estomac, le bas de votre intestin? Où ressentez-vous des tensions musculaires et où vous sentez-vous détendu·e? Si vous avez un handicap qui affecte l’un de vos sens, adaptez cette activité afin qu’elle réponde à vos besoins.

Pour parvenir à des sensations sexuelles, nous devons également avoir des sensations dans le reste du corps. Être à l’écoute de votre corps par le biais des sens peut être un moyen de prendre conscience de votre état intérieur et de cultiver ce qui vous procure du plaisir.
 

2) Posez-vous des questions : Se poser des questions peut être l’occasion de se reconnecter à ce qui nous fait du bien et de se redécouvrir sur le plan sexuel. Voici quelques-unes des questions que j’aime me poser : Qui est-ce que je trouve attirant·e? Avec qui suis-je et que se passe-t-il dans mes fantasmes? Si je n’ai pas de fantasmes actuellement, en ai-je déjà eu? Qu’est-ce que ça ferait d’essayer? Quels types d’activités m’intriguent? Qu’est-ce qui me semble érotique?
 

Avec plusieurs décennies d’expérience dans le travail du sexe et la défense des droits des travailleuses et travailleurs du sexe, vous apportez un point de vue nuancé sur la manière dont les travailleur·euse·s du sexe queer et trans peuvent aborder le sexe et la sexualité. Que souhaiteriez-vous dire aux travailleur·euse·s du sexe en rémission?

Les travailleur·euse·s du sexe ont besoin d’espaces qui leur sont adaptés. Le travail du sexe n’est absolument pas abordé dans les milieux de rémission traditionnels, ce qui est inadmissible. Dans ces milieux, le travail du sexe peut être associé à la consommation de substances, à des comportements sexuels incontrôlés et à des comportements addictifs. Les travailleur·euse·s du sexe ont tendance à se sentir plus en sécurité dans les milieux de réduction des méfaits, ce qui est formidable, mais nous avons besoin d’autant d’options que n’importe qui d’autre, y compris dans les milieux et les communautés de rémission.

Si vous êtes un·e travailleur·euse du sexe et que vous constatez que votre sexualité est à l’origine d’une grande partie de votre souffrance et de vos difficultés, vous avez besoin d’un soutien spécialisé pour gagner votre vie tout en ayant les relations sexuelles que vous souhaitez dans votre vie personnelle. Devenir sobre ouvre un tout nouveau monde de conversations et un tout nouveau monde de client·e·s, mais c’est une transition importante. Vous devez être capable de passer d’un monde à l’autre.
 

De quel type de soutien les personnes ont-elles généralement besoin lorsqu’elles entreprennent un travail sur leur sexualité?

Les personnes ont généralement besoin d’un accompagnement individuel avec un·e professionnel·le, comme un·e sexologue ou un·e coach en sexualité et en relations de confiance, surtout si elles ont des antécédents de trauma. Elles ont besoin de communautés de soutien, comme un groupe d’éducation sexuelle ou un groupe thérapeutique.
 

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Je recommande également aux personnes qui entreprennent un parcours de rémission sexuelle de trouver un·e professionnel·le de la santé formé·e à la prise en charge des traumatismes, comme un·e gynécologue, un·e urologue ou un·e professionnel·le de la santé spécialisé·e dans les questions trans. Beaucoup de gens ne pensent pas spontanément à obtenir les soins médicaux adéquats pour ces parties du corps, mais c’est un aspect extrêmement important pour retrouver un sentiment de connexion et de bien-être corporel.
 

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui recherchent des communautés de rémission où elles peuvent parler ouvertement de sexualité?

Trouvez un espace où vous vous sentez bien. Vous n’êtes pas obligé·e de vous contenter d’un groupe de soutien hétérosexuel. Vous pouvez trouver un groupe, même s’il est en ligne et que la plupart des participant·e·s vivent dans une autre ville. Commencez par faire des recherches simples sur ce que vous recherchez (p. Ex. : « rémission queer problèmes sexuels Montréal »). Vous pouvez également consulter les répertoires des programmes en 12 étapes pour trouver des groupes dans votre région, ou de grandes bases de données comme Psychology Today pour voir si des thérapeutes animent des groupes qui pourraient vous convenir.

Vous devrez peut-être faire preuve de créativité et d’initiative sociale en formant votre propre groupe, comme dans l’exemple tiré de Awaken Your Sexuality où une travailleuse du sexe a formé un groupe animé par des paires, spécialement destiné à d’autres travailleuses du sexe en rémission.
 

Que pouvons-nous gagner lorsque la sexualité fait consciemment partie du processus de rémission?

Les formes de plaisir qui s’offrent à vous lorsque vous vous engagez consciemment à renouer avec votre sexualité sont infinies. Le plaisir et la vitalité s’intensifient, grandissent et se nourrissent mutuellement. Lorsque vous êtes capable de faire preuve de curiosité sans honte et d’expérimenter sans trop d’attachement, vous pouvez évoluer de multiples façons, tant au niveau de vos compétences que de votre capacité à profiter de ce qu’elles vous apportent.

La capacité à établir des liens intimes et intentionnels avec d’autres personnes peut devenir plus profonde que vous ne l’auriez jamais imaginé. Vous pouvez découvrir dans votre propre corps des sensations que vous n’avez jamais éprouvées si vous êtes prêt·e à essayer de nouvelles choses!
 

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