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Politiques et programmes

Pour les personnes trans du Nouveau-Brunswick, l’accès aux soins de santé reste inéquitable

En l’absence d’une clinique LGBTQ2S+, les patient·e·s se lancent dans une véritable quête pour trouver des professionnel·le·s de la santé


Écrit par Sarah Ratchford
le 24 septembre 2026 dernière mise à jour le 25 septembre 2026

A doctor, medication, and a map of New Brunswick in a pink and blue collage.
Getty Images; Andrea Zayan

En 2016, lorsque le gouvernement du Nouveau-Brunswick a annoncé que la chirurgie chirurgie d’affirmation de genre au haut du corps serait prise en charge par l’assurance maladie de la province, Reid Lodge a pris rendez-vous à la Clinic 554, une clinique locale ouverte aux personnes trans, pour obtenir une référence. Dans les deux années suivantes, iel a pu bénéficier de cette intervention chirurgicale et s’est réjoui·e du résultat. Mais en 2018, lorsqu’iel s’est senti·e prêt·e à demander une référence pour une hystérectomie dans le cadre de sa transition, le processus s’est avéré beaucoup plus compliqué.

À ce moment-là, la Clinique 554 a été contrainte de restreindre ses services. La clinique était confrontée à des difficultés financières dues en partie à des restrictions en matière de financement public, ce qui rendait l’obtention d’une référence plus compliquée. Par la suite, le délai d’attente s’est encore allongé pour Lodge en raison du retard accumulé dans l’ensemble du système de santé pendant le et suite au pic de la pandémie de COVID-19.

Entretemps, la Clinique 544 a continué de réduire ses activités, avant d’être finalement contrainte de fermer définitivement en 2024. Il s’agissait de la seule clinique publique accueillant les personnes trans au Nouveau-Brunswick. Depuis lors, aucune autre clinique n’a pu combler ce vide.
 

Le ralentissement puis la fermeture de la Clinique 554 ont entraîné une interruption des soins prodigués à Lodge — ainsi qu’à de nombreuses autres personnes trans de la province. Ce n’est qu’en 2024 que Lodge a enfin pu obtenir son hystérectomie.
 

Aujourd’hui, selon Lodge, l’accès aux soins adaptés pour les personnes trans dans la province ne cesse de se réduire. Depuis la fermeture de la Clinic 544, aucun autre centre offrant des soins aux personnes queer et trans n’a pris le relais. Bien que certains prestataires se spécialisent dans la santé des personnes LGBTQ2S+, ils sont difficiles à trouver : la liste publique établie par le gouvernement, qui répertorie les prestataires ouverts aux personnes queer et trans, est obsolète, ce qui oblige notamment les patient·e·s trans à se tourner vers des groupes communautaires en ligne ou le bouche-à-oreille pour trouver des soins. Lorsqu’iels ne parviennent pas à y accéder, iels risquent de voir leur transition s’enliser ou être  retardée.

Les patient·e·s trans et les militant·e·s du Nouveau-Brunswick plaident pour que le gouvernement provincial contribue financièrement à l’extension des soins de santé d’affirmation du genre en finançant une nouvelle clinique. Mais, pour l’instant, les patient·e·s restent dans l’attente.
 

Le Nouveau-Brunswick est la seule province de l’Atlantique à ne pas disposer d’une clinique spécialisée dans les soins d’affirmation de genre. Bien qu’il soit possible de trouver quelques lieux sûrs où le personnel respecte les pronoms des patient·e·s Two-Spirit, trans et issu·e·s de la diversité des genres, et sait les orienter vers des services chirurgicaux et des traitements hormonaux, ces lieux restent rares. « C’est un peu la loterie : le type de soins que vous recevrez dépendra du prestataire qui vous prendra en charge », explique Lodge.

Selon Statistique Canada, Fredericton compte l’une des proportions les plus élevées de personnes trans et non binaires parmi les grands centres urbains du pays. Pourtant, d’après une enquête TransPulse de 2020, 64 % des patient·e·s trans et non binaires du Nouveau-Brunswick ont vu leurs besoins en matière de soins de santé non satisfaits au cours de l’année précédente.
 

Finley Rogers est membre du New Brunswick Transgender Health Network (NBTHN) (Réseau de santé trans du Nouveau-Brunswick) et milite depuis une décennie pour améliorer l’accès aux soins d’affirmation de genre. Iel estime qu’une clinique financée par les pouvoirs publics, facile d’accès et dédiée à cette communauté, contribuerait à la pérennité des soins dans la province. Iel espère qu’une telle clinique mettrait également l’accent sur la formation et la sensibilisation des professionnel·le·s de la santé.
 

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La Clinique 554 référait auparavant les patient·e·s vers des chirurgien·ne·s spécialisé·e·s dans les interventions de confirmation de genre et délivrait des ordonnances pour les traitements hormonaux. Son personnel militait en faveur de meilleurs soins et autorisait les organisateur·rice·s LGBTQ2S+ à utiliser les locaux après les heures d’ouverture pour tenir des réunions. C’était également la seule clinique de la province à pratiquer des avortements chirurgicaux, que certaines patient·e·s préfèrent car ils se font plus plus rapidement et sont réalisés sous la supervision de professionnel·le·s de la santé.

La Clinique 554 n’a pas fait long feu : elle a ouvert ses portes en 2015, en partie grâce à un financement participatif. Mais les dispositions de la loi provinciale sur la santé (Health Act) ont placé la clinique dans une situation financière précaire. Le règlement 84-20 interdisait aux médecins de facturer à la province les avortements pratiqués en clinique, ce qui obligeait les patient·e·s à débourser environ 800 dollars pour l’intervention. Parfois, lorsque les patient·e·s ne pouvaient pas régler la facture, la clinique proposait des interventions gratuites.
 

Pendant des années, les partisan·e·s ont tenté de sauver la clinique en organisant des collectes de fonds, en manifestant et en faisant pression sur le gouvernement pour qu’il modifie ses politiques. Mais les gouvernements provinciaux successifs, tant libéraux que progressistes-conservateurs, ont refusé d’abroger le règlement 84-20.

Bien qu’il n’existe plus aujourd’hui de clinique spécialisée, les soins d’affirmation de genre sont disponibles et pris en charge par la province. Les médecins, les thérapeutes et les infirmier·ère·s praticien·ne·s peuvent aider les patient·e·s à accéder à un traitement hormonal substitutif (THS), et le Nouveau-Brunswick prend désormais en charge à la fois les THS et les chirurgies d’affirmation de genre. Mais seule une poignée de professionnel·le·s est spécialisée dans ce domaine, et la plupart des prestataires ne disposent pas de la formation nécessaire pour offrir des soins de santé aux personnes trans. Un autre problème, explique Rogers, réside dans l’absence de code de facturation pour les soins d’affirmation de genre destinés aux médecins exerçant à l’acte, ce qui signifie qu’iels ne peuvent pas facturer le temps consacré à ces consultations. Les médecins peuvent utiliser des codes de facturation correspondant à différents types de consultations, tels que les soins de santé sexuelle, mais si la durée des consultations dépasse 15 minutes, les prestataires finissent par travailler, au moins en partie, bénévolement.
 

« Il est clair que les soins d’affirmation de genre ne sont pas assurés dans le cadre des soins de première ligne pour la plupart des patient·e·s », explique Rogers. « La situation actuelle n’est pas tenable et ne répond pas aux besoins de nos patient·e·s et de nos professionnel·le·s de la santé. » Selon ellui, lorsque les personnes se heurtent à un obstacle dans leur recherche d’un·e praticien·ne, il peut être tentant de simplement baisser les bras.
 

À la fin de l’année 2024, les personnes trans et issues de la diversité des genres espéraient que les choses changent. Lorsque le Premier ministre progressiste-conservateur Blaine Higgs a été évincé en novembre de cette année-là, il semblait que le nouveau gouvernement libéral de Susan Holt allait prendre des mesures concernant les restrictions en matière d’avortement et les soins d’affirmation de genre dans la province. Avant d’être évincé, Higgs avait attiré l’attention nationale avec la « Policy 713 », une politique éducative amendée qui obligeait les élèves trans  de moins de 16 ans à obtenir le consentement parental avant que leurs pronoms et tout changement de nom ne soient respectés à l’école.
 

Contrairement au gouvernement Higgs, dont le programme électoral de 2024 en matière de santé était vague, Holt a axé sa campagne sur la promesse d’améliorer les soins de santé dans la province en créant et en soutenant 30 cliniques de soins communautaires. Les libéraux ont également promis de « veiller à ce que le processus de facturation soit conforme aux meilleures pratiques afin d’offrir aux membres de la communauté LGBTQ2S+ des soins de santé et de santé mentale de qualité, notamment des durées de consultation plus longues et des soins d’affirmation de genre ».
 

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Dès son entrée en fonction, Mme Holt a abrogé le règlement 84-20, ce qui a permis la pratique des avortements en clinique dans la province. Dans sa lettre de mandat adressée au ministre de la Santé, John Dornan, elle a indiqué que les pratiques de facturation devaient s’aligner sur les meilleures pratiques en matière de soins d’affirmation de genre. Elle a également rapidement annulé les modifications apportées par Higgs à la politique éducative de la province. Compte tenu des promesses de campagne de Mme Holt et de son soutien affiché aux personnes trans et de genre divers, les personnes trans espéraient que son gouvernement investirait également dans une nouvelle clinique dédiée à la communauté LGBTQ2S+.

Jusqu’à présent, ce n’est pas le cas. Victor Reap, coordonnateur·ice du soutien par les pair·e·s au sein de l’association de défense des droits LGBTQ2S+ Chroma NB, explique que cela est important car les personnes trans ne parviennent pas souvent à obtenir les soins dont elles ont besoin auprès de leur médecin généraliste. Certain·e·s professionnel·le·s de la santé refusent même de traiter des patient·e·s trans, principalement parce qu’iels ne savent pas comment s’y prendre, précise Reap. « Les personnes trans doivent se charger d’expliquer à leurs médecins comment les soigner, ce qui est frustrant. Beaucoup de professionnel·le·s de la santé ne savent pas ce qu’iels peuvent réellement faire. »

Une clinique spécialisée dans les soins d’affirmation de genre permettrait aux patient·e·s de ne plus passer autant de temps à rechercher des soins de santé de base. Cela leur permettrait également de poursuivre leur transition au rythme qui leur convient, ce qui se traduirait par une santé mentale améliorée.
 

Certain·e·s professionnel·le·s de la santé ont tenté de prendre le relais et de faire ce que faisait la Clinique 554. Lorsque celle-ci a fermé ses portes, Keltie Keir, une infirmière praticienne installée à Fredericton, a pris en charge bon nombre de ses patient·e·s, leur prescrivant des hormones et les orientant vers d’autres spécialistes. Lodge a ainsi pu devenir l’un·e de ses patient·e·s.

Keir, qui est queer, a commencé à se former aux soins de santé destinés aux personnes trans en 2020. Afin de développer ses compétences, elle suit une formation en ligne de la WPATH et  assiste à des conférences consacrées à ce sujet. Elle est rapidement devenue une référence au sein de la communauté. « Je me suis vite rendu compte qu’en raison du manque de professionnel·le·s validant·e·s, j’ai dû acquérir la plupart de mes connaissances par moi-même, puis me lancer. »
 

Keir explique que souvent, lorsque des patient·e·s viennent la consulter, cela fait déjà des années qu’iels cherchent un·e professionnel·le de la santé. Mais même dans ce cas, son cabinet reste inaccessible à certaines personnes, car il s’agit d’un cabinet privé : les 500 patient·e·s trans et de genre non-conformes qu’elle suit à distance doivent donc payer leurs soins. « Le paiement à l’acte n’est pas la façon dont je souhaite exercer », précise-t-elle. Mais comme les infirmier·ère·s praticien·ne·s ne peuvent pas facturer leurs services à l’assurance-maladie (Medicare), elle n’a pas d’autre choix pour l’instant.
 

La situation pourrait bientôt changer : en 2025, le gouvernement fédéral a ordonné aux provinces de donner aux infirmier·ère·s praticien·ne·s le droit de facturer tous les soins médicalement nécessaires, y compris ceux proposés par Keir. Lorsque cela sera effectif, Keir prévoit ouvrir une clinique dédiée aux personnes queer et embaucher davantage de professionnel·le·s de santé LGBTQ2S+.
 

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La situation actuelle des soins de santé destinés aux personnes trans au Nouveau-Brunswick n’est pas due à un manque de mobilisation. Le réseau NBTHN , Chroma NB et le collectif de défense des droits des personnes queer Alter Acadie ont fait pression pour qu’une clinique soit financée dans le dernier budget de la province, annoncé en mars. Ce budget prévoit le plus gros investissement de l’histoire du Nouveau-Brunswick dans le domaine de la santé, avec 710 millions de dollars de plus que le budget de l’année précédente consacrés aux dépenses de santé, et 30 millions de dollars réservés à l’extension et à la création de cliniques de soins collaboratifs. Pourtant, le budget ne contient aucun engagement de financement pour une clinique qui pourrait offrir un accès élargi aux soins d’affirmation de genre — dont le besoin se fait cruellement sentir — et ne prévoit pas non plus de financement spécifique pour le développement des soins destinés à la communauté LGBTQ2S+ de manière plus générale.
 

Après l’annonce du budget, le NBTHN a publié un communiqué soulignant que la mise en place d’une clinique et d’un programme de soins d’affirmation de genre n’aurait coûté que 0,04 % du budget total de la santé.
Rogers explique qu’iel ne s’attendait pas à un tel silence autour de cette question. « Il y avait une certaine ouverture. C’est donc surprenant que rien n’ait été mentionné nulle part [dans le budget]. »
 

Script s’est adressé au ministre de la Santé, John Dornan — qui a lui-même auparavant œuvré comme endocrinologue auprès de personnes trans au Nouveau-Brunswick — par courriel, via son cabinet. Dans ce courriel, Script a demandé si le gouvernement provincial prévoyait soutenir financièrement une clinique de soins d’affirmation de genre à l’avenir, et quelles autres mesures étaient prises pour aider les professionnel·le·s de la santé à mieux comprendre la prise en charge des patient·e·s trans. Un membre de l’équipe des communications du ministère provincial de la Santé a finalement transmis une déclaration au nom de M. Dornan.
 

M. Dornan a déclaré que le ministère de la Santé collaborait avec les autorités sanitaires régionales afin « d’identifier les possibilités d’améliorer l’accès aux soins d’affirmation de genre dans le cadre de leurs budgets de fonctionnement », et qu’un comité consultatif sur les soins d’affirmation de genre avait été mis en place pour œuvrer à de nouvelles améliorations.

Le ministère de la Santé finance également le Sommet provincial bilingue 2SLGBTQIA+ sur la santé organisé par Alter Acadie en octobre, auquel Script participera à titre d’intervenant. Selon M. Dornan, ce sommet aura pour objectif d’« identifier des pistes d’action ».

Il n’a pas répondu à la question de Script concernant la création d’une clinique.
 

Le gouvernement libéral a mis en place d’autres changements positifs en matière de soins de santé pour les personnes trans au Nouveau-Brunswick. En octobre dernier, l’âge requis pour bénéficier d’une chirurgie mammaire a été baissé de 18 à 16 ans, et une note de service a été envoyée aux chirurgien·ne·s plasticien·ne·s de la province afin de s’assurer qu’iels comprenaient bien que la liposuccion pratiquée dans le cadre d’une chirurgie mammaire est prise en charge par l’assurance maladie. Auparavant, les patient·e·s trans devaient obtenir deux lettres de recommandation de la part de professionnel·le·s de la santé avant de pouvoir bénéficier d’une chirurgie génitale; depuis l’automne dernier, une seule suffit, ce qui rapproche la province des normes de l’Association professionnelle mondiale pour la santé des personnes trans et de celles d’autres provinces comme la Colombie-Britannique et le Québec. La province a également organisé des ateliers sur les soins d’affirmation de genre à l’intention des infirmier·ère·s praticien·ne·s.
 

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L’augmentation mammaire a également été ajoutée à la liste des interventions chirurgicales prises en charge par le régime d’assurance maladie de la province. Pour que l’intervention soit prise en charge, elle doit toutefois être pratiquée dans un hôpital public. Rogers précise que, d’après les informations dont dispose le NBTHN, il n’y a actuellement qu’un·e seul·e chirurgien·e qui pratique l’augmentation mammaire dans un hôpital public, et que les patient·e·s qui se font opérer ailleurs doivent payer de leur poche. Cela signifie que, bien que ce changement constitue un pas dans la bonne direction, il n’améliore pas l’accès aux soins pour tout le monde.
 

Certains éléments supplémentaires liés aux interventions chirurgicales, notamment les frais de déplacement, l’épilation avant la chirurgie génitale et, dans certains cas, la liposuccion après la chirurgie du haut du corps, ne sont toujours pas pris en charge, ce qui signifie que certains patient·e·s doivent encore débourser des milliers de dollars de leur poche. De plus, pour certaines chirurgies génitales, les patient·e·s doivent se rendre hors de la province, généralement à Montréal.
 

Les militant·e·s continuent de se mobiliser pour combler ce retard en matière de soins. En juin dernier, Chroma NB tenait un atelier destiné aux professionnel·le·s de santé et au personnel des cliniques afin de leur permettre de mieux prendre en charge la communauté; un autre atelier est prévu à l’automne. L’association élabore également une carte que les personnes concernées pourront utiliser pour savoir comment accéder à une intervention chirurgicale.

De son côté, Lodge milite en faveur d’une extension des soins de santé financés par l’État, et l’association espère voir ces mesures se concrétiser.

« J’ai le sentiment que beaucoup de personnes trans bénéficieraient d’une meilleure santé mentale si elles n’étaient pas constamment stressées par l’accès à ces soins. »
 

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