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Politiques et programmes

L'Ontario doit redoubler d'efforts pour protéger la santé des immigrant·e·s trans

Grâce à une police d'assurance étudiante, j'ai pu accéder à des soins d'affirmation de genre à un prix abordable. Mon passage au système de santé provincial m'a rendue vulnérable


Écrit par Victoria Hincapie Gomez
le 4 août 2026 dernière mise à jour le 4 août 2026

Collage with graduating woman having numeric face, empty pill blister pack, and red rope.
Getty Images; Alex Apostolidis

À mon arrivée à Toronto à l'automne 2021, en provenance de Colombie, pour étudier le journalisme, j’étais encore en pleine remise en question de mon identité. Ayant grandi·e dans une société majoritairement catholique, j’avais souvent rêvé de partir et de bâtir une nouvelle vie à part entière. En Colombie, je n’avais toujours pas révélé à mes parents que j’étais trans. J’avais peur de leur réaction ; entamer ma transition médicale chez moi n'était donc pas une option envisageable. Mais une fois installée ici, les choses ont changé. À la mi-parcours de ma première session en journalisme, j’étais prête à entamer ma transition médicale.
 

Dès le début du mois de janvier de l’année suivante, j’ai obtenu ma première ordonnance de traitement hormonal substitutif (THS), à l’issue de trois mois de séances hebdomadaires avec un·e thérapeute et un·e médecin généraliste de l'université. À l’époque, je ne réalisais pas à quel point j’avais eu plus de facilité que la moyenne à accéder à ces soins : j’ai pu obtenir mon ordonnance relativement rapidement, et sans trop d’obstacles financiers. Mon université m’avait mise en relation avec un·e médecin et un·e thérapeute qui comprenaient les soins destinés aux personnes trans, et qui m’ont permis de me sentir en sécurité pour discuter des soins d’affirmation de genre. Mes séances de thérapie et mes consultations médicales étaient prises en charge par l’assurance de l’université destinée aux étudiant·e·s internationaux, tout comme jusqu’à 80 % de mes médicaments prescrits.
 

Je me souviens d’être sortie pour affronter ce qui serait ma première tempête hivernale à Toronto, et m'être rendu·e à la pharmacie pour aller chercher mes premières ordonnances d'estradiol et de spironolactone. Pour une fois, j'avais l'impression de maîtriser les changements que mon corps allait subir, et à ma grande surprise, j'ai payé moins de 10 dollars de ma poche pour un mois et demi de traitement hormonal, grâce à mon assurance.
 

J’étais aux anges de me trouver dans un pays — et de fréquenter une école — où l’accès au traitement hormonal substitutif (THS) était aussi simple. Pendant longtemps, j’ai cru que mon expérience était représentative de la situation générale dans une ville comme Toronto. Je ne savais pas que de nombreuses personnes trans au Canada avaient du mal à trouver des médecins disposés à leur prodiguer des soins d’affirmation de genre, ni que d’autres passaient des années sur des listes d’attente avant de recevoir leur première prescription de THS.
 

Pendant des années, j’ai continué à être à l’abri de cette réalité, tant que mon assurance étudiante couvrait mes frais de santé. Mais durant l’hiver 2025, alors que la date de l’obtention de mon diplôme approchait, j’ai appris qu’il me serait beaucoup plus difficile d’avoir accès à un THS – ou à tout autre soin de santé adapté aux personnes trans, d’ailleurs – une fois que je ne serais plus étudiante.
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J'ai appris qu'une fois diplômée, je serais confronté·e aux obstacles à l'accès aux soins de santé auxquels font face de nombreux immigrant·e·s en Ontario. Même avec un permis de travail valide, les personnes immigrantes de moins de 25 ans qui ne sont pas encore résident·e·s permanent·e·s ne peuvent pas bénéficier de l’OHIP, à moins de travailler à temps plein en Ontario, pour un employeur ontarien, depuis au moins six mois. (Les personnes de plus de 25 ans peuvent faire une demande auprès du programme Trillium Drug, qui aide à couvrir les frais de médicaments pour les personnes qui remplissent les conditions de franchise en fonction de leurs revenus.)
 

Sans accès à l’OHIP ni à aucune autre forme d’assurance maladie, je savais que mes frais de santé allaient s’accumuler. Les immigrant·e·s non assuré·e·s qui ont recours à des soins d’affirmation de genre en Ontario peuvent s’attendre à payer environ 50 $ pour des analyses sanguines de routine et environ 200 $ pour une consultation chez le médecin. Les coûts mensuels du traitement hormonal substitutif (THS) pour les personnes trans non assurées peuvent atteindre environ 250 $ par mois, selon le type de médicament pris.
 

Quitter l’école signifiait également me séparer d’un·e médecin de famille en qui j’avais confiance pour gérer avec sensibilité mes soins d’affirmation de genre. Du jour au lendemain, je me suis retrouvée à rejoindre la longue liste des personnes trans de l’Ontario qui peinent à trouver un·e médecin disposé·e à accompagner leur transition médicale.

Lorsque j’ai obtenu mon diplôme en juin, il me restait suffisamment d’hormones pour deux mois, et le compte à rebours avait commencé pour trouver comment renouveler mes ordonnances.

Vivant à Toronto, j’ai accès à davantage de cliniques ouvertes aux personnes trans que la plupart des gens. Malgré cela, obtenir des soins s’est avéré difficile. Une clinique de santé LGBTQ2S+ que j’ai contactée m’a mise sur une liste d’attente de trois à six mois et m’a informée que les frais de consultation pour les personnes non affiliées à l’OHIP s’élevaient à 300 dollars par rendez-vous. Planned Parenthood proposait une consultation gratuite, mais m’a indiqué que sa liste d’attente était longue — jusqu’à quatre ans pour un premier rendez-vous.
 

J’ai envisagé de souscrire une assurance privée, mais bien que des compagnies telles que Canada Life et Manulife proposent des formules pour les résident·es temporaires, aucune d’entre elles ne couvre le THS. J’ai finalement opté pour une assurance voyage à 150 dollars par mois, qui couvrirait mes ordonnances ainsi que les éventuels frais médicaux d’urgence auxquels je pourrais être confrontée à l’avenir. Elle ne couvrait toutefois pas les frais de consultation pour les visites de routine chez le médecin ni les analyses de sang, ce qui signifiait que mes dépenses de santé s’élèveraient tout de même à plus de 1 000 dollars par an. Même si ces coûts étaient source de stress, je pouvais tout de même les assumer. Ce n’est peut-être pas le cas pour tout le monde : des études montrent qu’un·e immigrant·e récent·e sur cinq au Canada vit sous le seuil de la pauvreté.
 

Le Canada a la réputation d’être un refuge pour les immigrant·e·s trans, et à certains égards, c’est vrai : s’installer ici peut permettre à certain·e·s d’entre nous d’échapper aux persécutions ou à la discrimination dans nos pays d’origine. Mais cette réputation s’effrite à mesure que les lois sur l’immigration se durcissent et que le pays prend des mesures pour réduire ses objectifs en matière de réfugiés et de résidant·e·s permanent·e·s.
 

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Et, malgré l’idée reçue selon laquelle le système de santé canadien est universel, ce n’est pas le cas — ni pour les citoyen·ne·s canadien·ne·s trans qui ont du mal à trouver·e un·e médecin, encore moins pour les immigrant·es trans. Les obstacles auxquels nous sommes confronté·es en matière de soins nous exposent au risque de devoir retarder, voire interrompre, notre transition si nous n’avons pas les moyens de payer les soins ou si nous ne parvenons pas à y accéder assez rapidement. Notre système de santé ne devrait pas être à plusieurs niveaux. Tous les gouvernements provinciaux devraient étendre leur couverture de santé à l’ensemble des résident·es, quel que soit leur statut migratoire.
 

Rendre le traitement hormonal substitutif (THS) accessible aux personnes trans immigrées dans le cadre des régimes provinciaux d’assurance maladie changerait radicalement la vie des personnes trans à faibles revenus — qui devraient avoir autant le droit d’accéder à la transition médicale que n’importe qui. Cela offrirait également une voie d’accès plus simple et plus sûre au THS et garantirait un dosage approprié, des analyses sanguines régulières et une administration sans risque.
 

Pour ma part, en septembre 2025, alors que mes ordonnances étaient sur le point d’arriver à expiration, j’ai encore eu de la chance : j’ai trouvé une clinique sans rendez-vous à proximité où un·e médecin était disposé·e à prolonger mon ordonnance, ce que tous les professionnel·le·s de santé — et surtout pas tous les médecin·e·s en consultation sans rendez-vous — ne sont pas prêt·e·s à faire. Même si j’ai dû payer plus de 100 dollars pour la consultation, je suis repartie avec une ordonnance valable pendant un an en poche.

Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve, que ce soit en matière d’accès stable à des soins de santé, d’emploi à temps plein me permettant de bénéficier de l’OHIP, ou de mon statut de résidente permanente. Mais je vis au jour le jour, en espérant que le havre de paix auquel j’aspirais il y a cinq ans, à mon arrivée à Toronto, n’était pas éphémère, après tout.

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